Mauritanie/Economie : Peut-on réellement croire à l’annonce de la reprise ?

Une mission du Fonds Monétaire International (FMI) était en visite à Nouakchott, du 14 au 26 septembre dernier. Son objectif était de passer en revue avec les autorités mauritaniennes les résultats du premier trimestre de l’accord triennal signé entre les deux parties. Comme toujours, au terme de cette visite, le Gouvernement de la Mauritanie a obtenu le satisfecit de l’Institution monétaire internationale, sans que l’on ne constate réellement les indices convaincants des faits qu’elle a annoncés.

Au cours d’une conférence, tenue au terme de sa mission, en présence des Ministres des Affaires Economiques et du Développement, celui des Finances, ainsi que du Gouverneur de la Banque Centrale de la Mauritanie, le Chef de la division Moyen Orient et Asie Centrale du FMI, M. Boileau Loko, qui conduisait une mission en Mauritanie, a indiqué que « tous les indicateurs économiques passés en revue montrent une reprise avec une croissance du produit intérieur brut hors pétrole (?) de 5,5 % en 2010».

En ajoutant que cette « croissance » est « supportée » par l’agriculture, les industries extractives (fer, cuivre et or) et les BTP. Et que « les objectifs à atteindre en 2011 est de maintenir la croissance à 5,5% ; ramener l’inflation à 5% contre 7, 6% en 2010 ; et accroître les réserves en devises à 2,7 mois d’importation contre 1,2 mois en 2010 ».

En lisant ces propos, on n’est en droit de se demander si la reprise est vraiment réelle ? Et si tel était le cas, qu’en est-il de la crise économique perceptible aux yeux de la majorité des mauritaniens ?
Un autre facteur qui démontre l’inflation galopante que vivent les populations, c’est l’édition des billets de 2.000 et puis de 5.000 UM ainsi que la disparition quasi-totale des petites monnaies.

Le responsable du FMI, même s’il a indiqué qu’une croissance de 5,5 % a été atteinte au cours de cette année, il n’en demeure pas moins que cette croissance est loin d’être équitable car visiblement elle n’a réellement profité qu’aux grandes entreprises et non à la grande majorité des populations qui continue de vivre sous le poids du chômage et de la pauvreté.

Rappelons que c’est au mois décembre dernier, que la Mauritanie et le FMI avaient mis en place un programme triennal qui vise à réaliser des indicateurs macroéconomiques du pays sur la base de la maîtrise de la comptabilité publique et l’amélioration des conditions de vie de la population, notamment des personnes les plus vulnérables.

Seulement, le document de la mission du FMI au terme de sa visite, a recommandé un renforcement des politiques sociales et un approfondissement des reformes des finances publiques, ainsi que l’assainissement du climat des affaires.

C’est surprenant que l’agriculture soit citée en tête des secteurs qui ont supporté la croissance économique, alors que le pays était resté presque une année sans campagne agricole. D’autant plus que la campagne agricole de l’année 2010 n’a pas encore livré ses résultats, bien que le Gouvernement se soit apprêté de fixer les prix de la tonne des différentes qualités de riz cultivé sans concertation avec les principaux concernés.

L’apport des cultures sous pluie a été très faible pendant l’année 2010, à cause de l’effet dévastateur des oiseaux granivores. La moisson avait dû être anticipée.

Taux de chômage élevé

Sur un autre plan, il est connu que le taux de chômage dans le pays est toujours très élevé (36 %), d’après les sources même des services du Ministère de l’Emploi. Et ce pourcentage, qui tend à réduire, artificiellement, le nombre de chômeurs, n’a pu être obtenu qu’en incluant le secteur, si précaire, de l’informel qui emploi la majorité des travailleurs.

Dans le secteur des industries extractives, les recrutements sont faibles, si bien que l’incidence sur les populations autochtones est maigre. La transparence, qui a été demandée à ce secteur, n’a jamais été respectée.

Quant au secteur du bâtiment et des travaux publics, son apport dans la croissance pourrait être plus important mais il est miné par l’opacité dans l’octroi des marchés, la mauvaise conduite des transactions immobilières et la spéculation foncière et domaniale. D’ailleurs, beaucoup d’entreprises se plaignent de cette opacité dans l’octroi des marchés. Actuellement, ce sont les chantiers désordonnés, supportés par l’Etat, qui servent d’indicateur de dynamisme du secteur. Ce qui est insuffisant, vu qu’il est difficile de faire, ici, la part des choses.

L’autre aspect qui caractérise ce secteur c’est qu’il est en grande partie confronté à une « informalisation » grandissante. Ici, il y a un recours abusif au phénomène de la sous-traitance qui assure l’exécution de la plupart des projets et des ouvrages, en plus du recours excessif aux heures supplémentaires en dehors du cadre juridique; et le non-respect de la grille des salaires, dont certains sont plus bas que le SMIG.

Une situation qui minimise le coût véritable du travail, empêche les salariés de s’organiser collectivement et exonère ces sociétés sous-traitantes de toute responsabilité sociale vue que leurs travailleurs ne bénéficient d’aucune protection sociale.

Les entreprises publiques ou privées qui assurent les travaux ne donnent pratiquement jamais d’explications convaincantes sur tous les dessus et dessous des marchés. Les autres marchés du bâtiment profitent plutôt aux entreprises chinoises, dans le cadre de la construction d’édifices publics financés par la Chine.

Une croissance, qui ne crée pas d’emplois, et n’améliore pas les conditions de vie des populations, n’en est pas une. Le progrès économique sans progrès social est une illusion du capitalisme. Lorsqu’on veut convaincre les populations, il faut leur donner l’occasion de sentir dans leurs entrailles que quelque chose d’euphorisante y a pénétré. Les chiffres ne se mangent pas. Et les mauritaniens n’en ont que faire.

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