La réforme mondiale des syndicats et leur indépendance en débat

Les travaux de la conférence mondiale contre la guerre et l’exploitation ouverte samedi dernier se sont poursuivis hier. Cette deuxième journée a vu la présence de Abdelaziz Belkhadem, représenté par Abderrahmane Belayat à l’ouverture. Un thème récurrent était dans toutes les interventions : la lutte pour l’indépendance syndicale, laquelle est en train d’être remise en cause partout dans le monde.

Ce qui compromet l’existence même d’un cadre organisationnel et d’expression démocratique pour les travailleurs. Qu’il s’agisse de l’Europe, où les traditions syndicales ne sont plus à démontrer, de l’Afrique, de l’Asie, des Amériques, la question se pose de la même manière.

Elle est plus que jamais d’actualité, car à entendre les intervenants venant de tous les continents, «la crise financière et du capitalisme qu’on veut faire payer aux peuples et aux travailleurs, les plans d’ajustement structurel imposés, les déréglementations tous azimuts, la destruction des services publics ne sauraient souffrir d’aucune contestation de la part de la classe laborieuse».

Pour ce faire, tous les moyens sont bons pour battre en brèche la moindre remise en cause de cette politique destructrice. De l’emprisonnement aux intimidations, en passant par les licenciements des dirigeants syndicaux, rien n’est laissé au hasard pour faire capituler le mouvement syndical, y compris en recourant, du moins pour ce qui est de l’UE, à la Cour européenne de justice pour faire avorter les grèves. Cela a d’ailleurs fait des émules, puisque deux ministres algériens ont eu recours à ce procédé pour déclarer les grèves de leurs secteurs respectifs illégales.

Le cas de l’Irak occupé est également édifiant. La secrétaire générale du syndicat de l’électricité a indiqué qu’une loi de 1987 interdisait la création d’une organisation syndicale dans le secteur public.

Cela n’a pas changé pour autant après l’agression et l’occupation américaine, jusqu’à dernièrement. Des intervenants de la délégation française ont mis en avant le danger qui guette les syndicats dont certains sont chargés d’appliquer les plans de destruction.

Ils ont appelé à la rupture avec l’Union européenne qui remet en cause la souveraineté des Etats à travers la prise de directives, effaçant du revers de la main les lois nationales.

Parmi les intervenants figuraient aussi des syndicalistes algériens, notamment ceux affiliés à l’UGTA, dont un représentant du plus grand complexe d’Afrique qui a fait une rétrospective des luttes syndicales à l’intérieur de l’entreprise.
Il fera part du refus du patron de la multinationale de reconnaître les décisions de la tripartite des 2 et 3 décembre 2009. S’ensuivirent alors des grèves (trois au total), une lutte qui a payé puisque le patron est revenu à la table des négociations.

Mais cela ne suffit pas aux syndicalistes d’El Hadjar qui revendiquent, aujourd’hui, tout en interpellant le gouvernement, la révision de l’accord de partenariat avec ArcelorMital en faisant valoir le droit de préemption prévu dans la loi de finances complémentaire pour 2009.

Une militante du parti dirigé par Mme Hanoune, travaillant dans une multinationale activant dans le secteur pétrolier à Hassi Messaoud, a directement interpellé Abdelmadjid Sidi Saïd sur la situation faite aux femmes travailleuses. Harcèlement sexuel, menaces, salaires n’excédant pas les 10 000 DA, contrats de travail à durée déterminée, ce qui expose les travailleurs à tout moment au licenciement.

Les vérités de Sidi Saïd

Interpellé, Abdelmadjid Sidi Saïd fera d’abord une intervention liée au
mouvement syndical mondial dont il dit qu’il a besoin d’être réformé. «C’est bien de parler de nos misères et de l’exploitation de nos employeurs, mais nous avons oublié de parler de l’hypocrisie syndical.» «Trouvez-vous normal que, parallèlement au G20, la Confédération internationale des syndicats organise le G20 des syndicats en excluant les autres comme l’OUSA, la CISA, etc. ?

Le G20 des syndicats n’a fait qu’approuver les décisions du G20 du gouvernement. Il nous faut ouvrir le débat parce que le mouvement syndical est en danger», a-t-il ajouté. Et Sidi Saïd d’informer le BIT du projet de passer d’une tripartite à une quadripartite.

«C’est-à-dire que l’on veut substituer les ONG aux syndicats. Ce sera la mort du mouvement syndical.»Répondant à la travailleuse de Hassi Messaoud, il a déclaré que l’UGTA a pris le problème en charge et compte d’ailleurs organiser au mois de décembre une conférence nationale des femmes travailleuses justement à Hassi Messaoud. Les travaux de la conférence mondiale prendront fin aujourd’hui et seront sanctionnés par une conférence de presse, en principe demain.
ALLAFRICA

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