Face aux enjeux géostratégiques le Maghreb, une région marginalisée au sein de l’économie mondialisée

Docteur Abderrahmane MEBTOUL Expert international Professeur d ‘ Université en management stratégique (Algérie)

Au moment où se sont tenues , se tiennent ou doivent se tenir plusieurs rencontres internationales entre le Maghreb et l’Europe, le Maghreb et les Etats-Unis d’Amérique , l’Afrique et l’Europe, l’Afrique et les USA, dans la mise en œuvre d’affaires où n’existent pas de sentiments dans le business , sans compter l’attention particulière qu’accordent les pays émergents à cette région et à l’Afrique dont la Chine, la Russie, l’Inde ou le Brésil, il me semble utile de donner un aperçu de la situation et des perspectives des économies maghrébines .

I Situation du Maghreb

Le Maghreb correspond à l’Afrique du Nord-Ouest, délimitée au Nord par la Méditerranée et au Sud par le Sahara. La superficie totale de l’UMA est de 5.8 millions km2 représentant 4,3 % de la superficie mondiale et dépassant de près de 80 % la superficie de l’Union européenne. Durant les cinquante dernières années, la population des pays de l’UMA a augmenté à un taux d’accroissement moyen de 3,2 % par an passant de moins de 30 millions en 1960 à 60 millions en 1989 et environ 90 millions en 2010 et les prévisions des Nations Unies l’estime à 150 millions d’habitants à l’horizon 2050, encore qu’au cours des deux dernières décennies, les femmes du Maghreb ont vu leur fécondité chuter considérablement.

Cette baisse de la fécondité a surpris par sa rapidité nombre de spécialistes des problèmes de population. Si le poids démographique de l’UMA est en légère augmentation, son poids économique est en régression. L’UMA a perdu plus de la moitié de son poids économique dans le monde entre 1980 et 2010, ses exportations qui représentaient environ 2% des exportations mondiales en 1980, représentent moins de 0,50% en 2010. Et cela n’est pas propre au Maghreb puisque la part de l’Afrique dans le commerce international représentait 12 % il y a 20 ans, étant passée à 8 % dans les années 90 et actuellement, elle atteint à peine 2 %. Cette région est frappée actuellement par une récession économique avec un écart croissant, les pays de l’UMA ayant un revenu PNB par tête qui représente moins de 15 % de ceux de la CEE.

Cette récession s’explique par différents facteurs dont le manque d’homogénéisation économique pour des raisons essentiellement politiques qui fait fuir les capitaux vers d’autres cieux plus propices à un moment où la concentration des échanges est dans le Nord, la Chine accaparant plus de 5O% pour la zone Sud. Mais la raison essentielle est le retard pris dans les réformes micro-économiques et institutionnelles biens que certains pays du Maghreb aient réussie la stabilisation du cadre macro-économique. Cette situation s’explique également outre les données politiques, par l’extension de la sphère informelle résultante du poids de la bureaucratie centrale et locale et qu’au lieu que l’intégration soit dominée par des économies contractuelles ou organisées, nous assistons à une dynamique informelle caractérisée par une identité culturelle qui permet à des milliers de maghrébins de contourner la myopie des bureaucraties nationales.

II-Un produit intérieur global loin des potentialités

Pour la région du Maghreb (Algérie, Tunisie, Maroc, Libye et Mauritanie), le FMI prévoit dans son rapport d’octobre 2010 sur les deux années 2010 et 2011, une moyenne de taux de croissance de +5 % en 2010 et de +4,6 % en 2011 contre +2,4 % en 2009 et ce bien entendu sous réserve d’une reprise de l’économie mondiale . En ce qui concerne les réalisations, pour 2009, le Maroc arrive en tête du Maghreb pour les indicateurs de performance économique, selon un rapport de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (UNECA) du 18 mai 2010 avec une croissance du PIB de 5,3% , l’Egypte (4,7%), la Tunisie (3%), la Mauritanie (2,3%), l’Algérie (2,1%) et la Libye (1,8%).

L’étude intitulée « ERA 2010 » souligne que le PIB régional est passé de 4,1 pour cent en 2008 à 3,5 pour cent en 2009 et que « les perspectives africaines de croissance à long terme, de création d’emplois soutenue et de développement social dépendront de l’étendue de la diversification économique en fait de l’intégration économique de l’Afrique du Nord » Selon le FMI, le PIB Algérie par habitant en 2008 est de 4 041 dollars US (8649 US$ en parité de pouvoir d’achat). En Tunisie, le PIB par habitant en 2008 est de 3 759 dollars (7938 US$ en parité de pouvoir d’achat). Au Maroc, le PIB par habitant en 2008 est de 2 720 US$ (4 385 US$ en parité de pouvoir d’achat), la Libye a un PIB par tête d’habitant de 14200 dollars US alors que le pays le plus pauvre, la Mauritanie avec environ 1012 dollars par tête d’habitant se retrouve vers la fin du classement.

Selon le 20ème rapport 2010 du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) publié le 05 novembre 2010, pour l’indice du développement humain(IDH), l’Algérie avait perdu 4 places, passant de la 100e place, en 2008, à la 104e en 2009 , elle est à la 84ème, avec un indice de 0,677 améliorant son classement de 20 places. La Libye est le pays maghrébin le mieux classé mondialement (53ème position), avec un indice de 0,755, suivie de la Tunisie, 81ème, avec un indice de 0,683. Le Maroc est à la 114ème place avec un indice de 0,567 et la Mauritanie est en 136ème position, avec un indice 0,433. Encore que pour l’Algérie et la Lybie l’indicateur doit être replacé dans son contexte car fortement irrigué par la rente des hydrocarbures.

Quant au produit intérieur brut(PIB), en moyenne 2008/2009, le PIB Algérie est estimé à 160 milliards de dollars pour une population de 33,1 millions dont 45/50% hydrocarbures. Quant au Maroc le PIB est de 87 milliards de dollars pour une population de 31,2 millions, la Tunisie PIB 41 milliards de dollars pour une population de 10,4 millions d’habitants, la Libye PIB 87 milliards de dollars en majorité hydrocarbures deuxième producteur de pétrole en Afrique derrière le Nigeria et devant l’Algérie, avec plus de 1,7 millions de baril jour devant passer fin 2011 à 3 millions de barils jour , pour une population d’environ 2008/2009 de 6,3 millions d’habitants et enfin la Mauritanie PIB 3,16 milliards de dollars pour une population de 3,37 millions.

LE TOTAL DU PIB DU MAGHREB 2008 EN MOYENNE EST DE 380 MILLIARDS DE DOLLARS , AYANT PEU EVOLUE ENTRE 2009/2010, MONTANT DERISOIRE COMPAREE POUR LA MEME PERIOIDE AU PIB D’ UN PETIT PAYS COMME LA COREE DU SUD DONT LE PIB A DEPASSE 1.100 MILLIARDS DE DOLLARS, REPRESENTANT 80% DU PIB DE LA BELGIQUE DONT LA POPULATION NE DEPASSE PAS 10 MILLIONS D’ HABITANTS , DU PIB DU JAPON DE PLUS DE 4900 MILLIARDS DE DOLLARS POUR UNE POPULATION UN PEU SUPERIEURE A CELLE DU MAGHREB DE 127 MILLIONS D’HABITANTS, SANS COMPTER LE PIB DES USA DE 14.545 MILLIARDS DE DOLLARS, DU PIB DE LA COMMUNAUTE ECONOMIQUE EUROPENNE PREMIERE PUISSANCE ECONOMIQUE MONDIALE DE 18285 MILLIARDS DE DOLLARS OU DES EXPORTATIONS ANNUELLES DE L’ALLEMANGE DE 1500 MILLIARDS DE DOLLARS.

III- Des échanges intra maghrébins insignifiants

Le volume global des échanges entre les Etats membres du Maghreb est très faible, ne dépassant pas 3 pour cent moyenne 2008/2009, celui entre les pays arabes 6% et le commerce intra africain ne dépassant pas 10% dont pour l’Algérie 1% de ses échanges. Aussi entre les discours et la réalité existe un large fossé. Pour 2008 l’Algérie a exporté pour 78,23 milliards de dollars dont 98% d’hydrocarbures et les importations de 39,16 milliards de dollars avec le montant presque équivalent pour 2009 ((baisse de 0,95% par rapport à 2008), le Maroc les exportations ont atteint 20,60 milliards de dollars et 23,23 pour les importations et la Tunisie exportation de 19,22 milliards de dollars et importation de 23,23.

Quant à la destination, l’Algérie exporte sur le marché européen environ 62% et importe environ 60%, le Maroc exporte également 60% de ses échanges avec l’Europe, tandis que la Tunisie le taux atteint 78% et le Maroc Tunisie importent plus de 72% à partir de ce même marché. Cette relatons commerciales de l’Europe avec le Maghreb, selon le journal financier les Afriques de juin 2010 citant le réseau Anima a été renforcé durant la crise d’octobre 2008 dans le retour des investisseurs européens dans la région. Après avoir été supplanté en 2006 -2007 par les pays du Golfe qui investissaient surtout dans le tourisme les banques et l’immobilier ( la crise de Dubai en est un exemple), ces derniers sont en retrait en raison de la crise de liquidité( on estime plusieurs centaines de milliards de dollars les pertes au niveau des places financières internationales) , l’Europe a récupéré, en 2009, sa position en devenant le premier investisseur au Maghreb, avec des engagements en croissance de 24 % en glissement annuel.
Cependant le Maghreb suscite de plus en plus l’intérêt des grands pôles économiques d’autres acteurs dont les Etats-Unis à travers l’initiative Eizenstat ainsi que des instances internationales telles l’ONU, la BAD ou encore la Banque islamique de développement sans oublier la Chine.

IV Le Maghreb et les investissements directs étrangers (IDE)

Le Maroc devient la première destination des investisseurs étrangers au Maghreb, avec des flux nets d’IDE de 3,3 milliards d’euros en 2009, contre 2 milliards en 2009 Quant à L’Algérie qui a adopté au cours des deux dernières années des mesures contraignantes pour les investisseurs étrangers, en optant notamment à l’obligation de s’associer à un partenaire algérien à hauteur de 51 % du capital au moins, malgré ce durcissement des conditions d’accueil des IDE, les capitaux étrangers investis dans ce pays ont atteint 2,5 milliards d’euros l’an passé, contre 1,5 milliard en 2008 mais avec des projets surtout concentrés au niveau des hydrocarbures, les segments hors hydrocarbures ayant fortement chutés à plus de 70% .Pour la Lybie , le volume total des investissements étrangers annoncés en 2009 au pays a chuté de 49 % sur un an, pour s’établir à 1,6 milliard d’euros. Pour la Tunisie avec 1,3 milliard d’euros d’entrées de capitaux étrangers, la baisse a été de 34%.

Cependant le Maghreb relativement a mieux résisté aux effets de la crise d’octobre 2008. Le rapport intitulé Investissements directs étrangers et partenariats dans les pays méditerranéens en 2009, révèle que les quatre pays maghrébins étudiés (Algérie, Libye, Maroc, Tunisie) ont attiré 8,7 milliards d’euros d’investissements directs étrangers (IDE) en 2009 soit une progression de 5% par rapport à 2008. En nombre de projets annoncés, la région repasse au-dessus de la barre des 200 projets (219), contre 198 seulement en 2008. Selon les données de la conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), le Maghreb s’avère ainsi l’une des régions qui ont résisté le mieux à la crise économique, puisque les IDE ont chuté en moyenne de 17% dans le bassin méditerranéen et de 35% à l’échelle mondiale. L’observatoire Anima note, toutefois, que la situation des pays du Maghreb n’est pas identique.

V- les couts de la non intégration

Une étude réalisée par le Secrétariat de l’Union du Maghreb Arabe ( UMA) courant 2009 a montré que l’intégration économique dans la région lui ferait gagner 5 milliards de $ en investissement dont 3 en IDE/an et un nombre important d’emplois dans une zone où il y a trois (3) millions de chômeurs qui constituent 12% des actifs, ce qui correspondrait en matière d’échanges aux transactions conclues entre 2000 à 3000 PME maghrébines par an. L’augmentation des exportations pour les produits agricoles pourrait atteindre les 45%, ce qui correspondrait à 170 millions de $, ce qui représente près de 1% du PIB net agricole du Maghreb arabe.

Quant au secteur électrique, il pourrait économiser près de 25% de sa production si les centrales électriques maghrébines sont intégrées. Et à supposer que la capacité de production pour les 20 prochaines années doit passer à 26 gigawatts, l’intégration permettrait d’en économiser 6,6 gigawatt. En réalité l’impact négatif de la non intégration est plus important si l’on tient compte des effets cumulatifs dus aux économies d’échelle et surtout le peu d’attrait des investisseurs potentiels intéressés par de grands marchés.

Aussi, la dynamisation des relations entre les pays du Maghreb ne sera possible que si les dirigeants ont une vision commune du devenir commun de leur population , la région pouvant devenir une région économique pivot, intégrant l’émigration ciment de l’inter culturalité et des échanges , pouvant être un sous segment de la dynamisation du continent Afrique enjeu du XXIème siècle qui habitera horizon 2025 plus de 1,5 milliard d’âmes dont son intégration selon une vision pragmatique et progressive est un défi majeur qui permettrait d’éviter ces images désolantes de jeunes fuyant tant le Maghreb que le continent Afrique à partir d’embarcations de fortune .

Ce sera une condition sine qua non, afin de peser dans les grandes décisions internationales, les micros Etats en ce XXIème siècle n’ayant que peu d’impacts. Pour éviter sa marginalisation , le Maghreb doit tripler son produit intérieur brut entre 2015/2020 pour un PIB global d’au moins 1.000 milliards de dollars à prix constants 2010. Cela est possible pour peu que la volonté politique existe d’aller vers un Etat de droit, une gouvernance rénovée, la revalorisation du savoir loin des rentes, le mal étant avant tout en nous et les solutions existantes à notre portée. Cela passe également par des réformes institutionnelles et micro-économiques, la stabilisation macro-économique étant éphémère sans réformes de structures.

Ces actions collectives peuvent favoriser un partenariat gagnant/gagnant, loin de toute tutelle bureaucratique qui annihile la créativité, les Etats régulateurs devant favoriser la libre entreprise tant entre les maghrébins, qu’avec les américains, les européens et les entreprises des pays émergents.

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