La CGTM dénonce le refoulement systématique et brutal des migrants

La Convention des Nations Unies sur la protection des droits des travailleurs migrants et des membres de leurs familles a été adoptée en 2003 par l’assemblée générale de l’ONU. En la ratifiant le 22 janvier 2007, notre pays a souscrit à respecter et appliquer les engagements internationaux et les mécanismes que la communauté internationale a définis pour une meilleure gestion de la migration. L’objectif premier dette convention est de protéger les travailleurs migrants, une population particulièrement vulnérable, de l’exploitation et de la violation de leurs droits humains. D’autre part, les droits des travailleurs migrants, tels qu’établis par la Convention, se regroupent sous deux catégories générales :

• Les droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille (Partie III) : applicables à tous les travailleurs migrants (y compris les clandestins)
• Les droits spécifiques des travailleurs migrants et des membres de leur famille (Partie IV) : applicables seulement aux travailleurs migrants en situation régulière.

D’autre part, avec l’appui de l’Union européenne, la Mauritanie s’est dotée, en
2011, d’une stratégie nationale de gestion de la migration et des frontières. Cette stratégie propose une approche intégrée de la migration et de la gestion des frontières. Toutefois, il était nécessaire que tous les départements impliqués dans l’élaboration de cette stratégie, tiennent compte de la primauté des conventions internationales ratifiées par le pays sur les lois nationales qui doivent s’y adapter et se conformer. Malheureusement, les récentes décisions prises par les pouvoirs publics à l’égard des travailleurs et travailleuses migrants (es) qui vivent dans notre pays ne contribuent pas au respect des droits de cette convention des Nations Unies car les interpellations et les expulsions des migrants opérées ces dernies jours tant à Nouadhibou qu’à Nouakchott, ont été faites dans une logique de gestion sécuritaire uniquement de cette problématique migratoire, gestion que notre pays semble avoir signée avec l’Union européenne dans le cadre de la surveillance des frontières européennes, le Frontex. Plusieurs cas de violations des droits des migrants ont été observés à travers une volonté manifeste de criminalisation de la migration, tant dans les procédés et les procédures d’arrestation, de détention que d’expulsion des travailleurs migrants et des membres de leurs familles. Il a été même noté la réadmission dans notre pays de plus de quarante migrants gambiens pour la plupart qui viennent d’être expulsés d’Espagne et qui ont été débarqués au niveau de l’aéroport de Nouakchott il ya quelques jours.

La CGTM reconnaît que notre pays doit fixer les règles d’entrée et de séjour des étrangers qui arrivent à nos frontières, mais que celles-ci doivent respecter les conventions tant internationales, régionales que bilatérales que la Mauritanie a signées afin de respecter les droits des travailleurs migrants qu’elles renferment. Pourtant, tout porte à croire que les pouvoirs publics ont œuvré pour mettre tous les travailleurs migrants en séjour dans notre pays dans une position d’irrégularité car, après avoir permis leur enrôlement auprès des centres spécifiques qui leur ont été ouverts avec la promesse ferme des autorités compétentes que la carte de séjour leur serait gratuitement accordée, il leur a été exigé au moment de son retrait de s’acquitter d’une taxe de trente mille (30.000) ouguiya par personne. Cette mesure est non seulement de nature à décrédibiliser les services de notre administration qui avaient donné l’assurance initiale de cette gratuité mais aussi et surtout elle rend pratiquement nul l’enrôlement des étrangers qui auront toutes les difficultés de payer annuellement ce montant pour eux et les membres de leurs familles. Une concertation entre les partenaires sociaux et les associations des travailleurs migrants devrait être privilégiée pour déterminer un seuil logique et raisonnable pour le prix de cette carte de séjour.

La CGTM rappelle au gouvernement que la migration de la main d’œuvre est une question de travail et à ce titre, doit avoir un traitement qui implique les partenaires sociaux afin de respecter les droits des travailleurs.
Nous appelons le gouvernement à arrêter ces mesures d’expulsion des travailleurs migrants qui n’honorent pas notre pays qui est un trait d’union et une terre de rencontres entre les populations venant de plusieurs pays de la sous région, pays avec lesquels nous avons partagé des liens séculaires historiques et géographiques plus forts que ceux qui nous lient aux pays européens qui veulent et tiennent à externaliser leurs frontières en Mauritanie.

Nous appelons la société civile à veiller davantage au respect des droits humains de ces travailleurs migrants et à défendre l’application des conventions internationales ratifiées par notre pays, tout en combattant l’esprit xénophobe qui rampe au niveau de certaines franges sociales qui ne mesurent pas encore les dangers de cette logique.

La CGTM appelle les travailleurs migrants à se mobiliser et à défendre leurs droits au respect de leur dignité humaine, leur droit à s’établir librement dans les pays de leur choix et leur volonté de prendre part activement à des concertations avec les autorités compétentes pour une gestion meilleure de leur séjour en Mauritanie.

Ampliations :
– Bureau international du travail (BIT)
– Confédération Syndicale Internationale (CSI)

Nouakchott, le 10 mars 2013.

Le comité exécutif de la CGTM

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